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01 avril 2006
Voyages numériques Vol.1
L’orage gronde. L’océan rugit. A tout instant, le Venture menace de s’empaler contre les récifs. C’est pourtant le moment choisi par Carl Denham, réalisateur fauché, pour mettre à l’eau une chaloupe. L’équipe sera restreinte. Son actrice : Ann Darrow. Son scénariste : Jack Driscoll. Et une poignée d’hommes de confiance… Face à eux, l’ombre grimaçante de Skull Island déchire la nuit ! L’œuvre de sa vie, Carl sait qu’il ne pourra la réaliser qu’ici. Les risques ? La peur ? Tout cela est bien vite balayé par l’ampleur de son ambition. C’est bien un nouveau pan du septième art qu’il s’apprête à révéler. A édifier. Son film mêlera aventure, frisson, réalisme et passion. Rien, n’y personne ne pourra le faire dériver de son objectif. Pas même ces cris perçus au loin. Encore moins ces sulfureuses fumées qu’on devine déjà derrière les montagnes aux crêtes aiguisées.
A peine le temps d’accoster, que la pellicule s’emballe. Chaque détail doit être immortalisé. La caméra virevolte. Ici. Là. Elle capte chaque soubresaut de cette terre vierge. Inexplorée. Inhabitée ? Qu’importe, Ann donne déjà de la voix. Les premières répliques s’improvisent. Du naturel dans un décor surnaturel. Oui, voilà de quoi faire rêver des millions de spectateurs… Carl en viendrait presque à regretter que la pluie se soit calmée. Mais il faut avancer, explorer, trouver de nouveaux lieux, de nouvelles idées de mise en scène. Si chacun porte un fusil, c’est que l’incroyable peut s’inviter à tout moment. Il est d’ailleurs fiévreusement attendu... Après quelques heures de marche forcée, après s’être frayé un chemin tortueux dans cette jungle millénaire, l’équipe décide de se ménager un temps de répit. Il sera de courte durée… Des arbres pleuvent des flèches, des mugissements retentissent. Distants, puis de plus en présents, oppressants. Des indigènes ! Des dizaines d’indigènes s’abattent sur le groupe désemparé. Au bois des sagaies répond l’acier des balles. Les douilles s’écrasent au sol. Les corps s’affalent, violement, sans pour autant ralentir le flot des assaillants. Jack Driscoll se bat comme un beau diable. Le sang se mêle à l’humus, tandis que Ann… Ann ? Où est-elle ? Dans la violence de l’assaut personne ne l’a aper… si, la voilà, dans les bras d’un de ces chiens aux maquillages de mort ! Il l’entraîne. Elle est vivante ! Il faut lui porter secours avant qu’il ne soit trop tard ! Mais aussi promptement qu’ils sont apparus, les indigènes se retirent. Pas de temps à perdre, il faut trouver leur refuge. Retrouver Ann ! Commence alors un nouveau périple dans cette forêt ruisselante, désormais résolument vivante. Vite, quelques centaines de mètres plus bas, des chants jouent déjà avec l’écho…
Abritée derrière les murailles de bois, la horde indigène brandit ses lances, agitent des colliers de coquillages produisant un chant aux accents cruellement funèbres. Des flammes dansent. Ann est bien là, en contrebas. Harnachée sur un autel de mort. Soudain, plus rien. Le silence tombe. Glacial. La terre semble retenir son souffle. De l’autre côté de la falaise, dans un déchirement, un colosse de poil surgit des sous-bois ! Un singe, un gorille, un monstre… un roi ! Majestueux. Gigantesque. Irréel. D’un regard il balaye l’horizon. Son allure massive, sa force, imposent le respect. Face à lui, Ann se débat. Sa dernière heure est arrivée. C’est donc sacrifiée à ce titan qu’elle achèvera sa vie… Du haut des remparts, un borborygme se répercute lentement, puis de plus en plus vivement, scandé comme dans une transe collective : Kong ! Kong ! Kong ! Le grand singe marque un temps d’arrêt avant de répondre avec rage à cet obscur appel. Arc-bouté sur ses membres postérieurs, il mugit, frappe son torse en cadence, ouvre une gueule béante, farouche ! Puis d’un mouvement il arrache Ann à ses liens. Son attitude étonne. Il l’observe. La renifle. S’apprête à la dévorer… non, dans un même élan, il comprime sa proie entre sa main droite et son abdomen, pivote, et s’engouffre dans la jungle. Pour Jack, le sort d’Ann ne fait aucun doute. Mais advienne que pourra, s’il veut encore pouvoir se regarder en face, il se doit de se lancer dans cette course folle. Son cœur bat à tout rompre. Ses tympans résonnent si fort qu’ils estompent la cohue environnante. Désormais un seul son guidera ses pas : l’appel désespéré d’Ann…
-JulienC-
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Commentaires
c'est trop trop bien j'adore a fond
Ecrit par : yodie | 01 avril 2006
Ah enfin, je le trouve enfin ce blog de Mr. Chièze ! J'en profite donc pour faire quelques compliments : merci pour ces moments de lecture intense avec Joypad et d'avoir donné un "second souffle" à la GZ avant qu'elle ne cède place à cette chose ... le Big Show. Enfin bref, après ces compliments, on va parler de ton article, c'est fait pour ça les commentaires.
King Kong, un jeu prometteur et adulé par la presse lors de sa présentation à l'E3 2005 (King Kong 2 à l'E3 2006 ?). Les mois passent jusqu'à fin Novembre, où le jeu est mis en vente. Ayant pu y jouer (ainsi que vu le film), j'ai quelque peu été déçu. Alors certes, niveau sensations, le jeu nous prend aux tripes ! Lors de rencontres avec la faune hostile qui peuple l'île de Skull Island, c'est vite la panique quand on a affaire à un raptor et que l'on dispose d'un simple bout de bois, ou encore lorsqu'un T Rex qui a les crocs a décidé que nous serions son petit déjeuner ! Oui graphiquement le jeu est très correct, retranscrivant de bonne manière l'île de Skull Island et les protaganistes du film. Mais, car il y a toujours un mais, cela n'a rien d'extraordinaire, les animations sont raides, la répétitivité du titre est plus que frustrante, et pour combler le tout : le jeu est ultra scripté.
Sans ces vilains défauts, King Kong aurait pu s'imposer comme une véritable bombe vidéo ludique, au lieu de se contenter d'être un bon jeu.
Ecrit par : GuNn3r | 02 avril 2006
Ouf me voilà rassuré : j'ai cru que Julien avait délaissé son blog, mais le voilà de retour avec un très beau récit de voyage qui m'a completement immergé dans l'ambiance : Encore !
Ecrit par : chocoborg | 03 avril 2006
Quel texte!
On sent que chaque mot a été l'objet d'un choix mitéculeux, que chaque phrase est rythmée par une syntaxe bien précise. Le texte est riche en sensations. Comme un gigantesque témoignage d'une action intense.
Il est vrai que le jeu est propice à un tel exercice. Michel Ancel et son équipe ont axé clairement le jeu dans l'immersion.
Peut-être que le jeu vidéo change.
Peut-être que le jeu vidéo ne représente plus un gameplay intransigeant, une maitrîse du paddle ou de parties infructueuses.
Peut-être que le jeu vidéo, par les nouvelles technologies qu'il exploite, tente davantage à se rapprocher de l'expérience de vie, de cette immersion dans un monde parallèle, pour ressortir comme grandit de nos peripéties aussi héroïques que virtuelles. Peut-être...
En tout cas, merci à J-C (cela n'est pas un hasard, j'en suis sur!).
Sur son nuage numérique, Julien est ce qu'il est, un passionné.
Ecrit par : numerimaniac | 13 avril 2006
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